Le Père Ceyrac (1914-2012)

Le Père Ceyrac, un missionnaire jésuite français, œuvrait depuis plus de 70 ans en Inde en faveur des enfants et des exclus de la société indienne. En menant un combat "non pour les droits de l’homme, mais pour le droit d’être un homme", Pierre Ceyrac a contribué à l’évolution de la société indienne durant ces dernières décennies et s’est érigé en véritable artisan de paix.

C’est sous l’angle de l’amour qu’il nous faut aborder le parcours et l’action de Pierre Ceyrac ; l’amour : origine et critère de tous ses choix. En 1936, alors qu’il est jeune jésuite scolastique au sein de la Compagnie de Jésus, Pierre âgé de 22 ans décide de partir en Inde comme missionnaire. Il quittait la France et la Corrèze, son lieu d’attache, en pensant ne jamais revenir.

 

Là, il s’initie à la culture et aux religions de l’Inde qu’il considère comme autant de  » chemins vers Dieu « . Licencié en Tamoul et en Sanskrit, il est ordonné prêtre en 1945 avant d’être nommé aumônier national d’un mouvement d’étudiants catholiques des universités indiennes de l’Inde. Mais quelques années plus tard, il prend conscience que "l’on ne peut philosopher dans les universités quand les gens meurent de faim à côté". Le Père Ceyrac a besoin de concret. "Dans les combats de ma vie, dira-t-il, j’ai toujours pris garde à ne jamais séparer le combat pour la foi de celui pour la justice et pour les pauvres. Autrement, les actes nient la foi et la foi est stérile".

 

Dès lors, suivant les traces du Mahatma Gandhi, qu’il a bien connu, il dénonce le système des castes et manifeste en faveur de l’intégration des dalits (intouchables). Sous son impulsion, un vaste réseau composé de plus de 100 000 étudiants indiens voit le jour avec des chantiers humanitaires destinés à construire des maisons et des villages pour les pauvres et lépreux vivant sur les trottoirs de Chennai.

 

Pour faire face au problème de l’eau dans les campagnes, le Père Ceyrac lance l’opération « mille puits » dans le Sud de l’Inde, début du projet  "L’aide aux villageois" . Et comme pour démontrer que  "là où l’intelligence n’a pas accès, l’amour seul peut donner la clé" , Ceyrac et ses amis construisent une  "Ferme" sur un terrain extrêmement aride et relèvent l’incroyable défit d’y faire pousser des cocotiers. Ce désert fertile situé à Manamadurai (au sud de Madurai) fera vivre plus de 250 000 personnes à la fin des années 70 et deviendra la meilleure ferme productrice de goyaves de la région.

A l’instar de mère Térésa avec laquelle il a travaillé, Pierre Ceyrac donnait sans limites. "Aimer, dit-il, c’est se donner aux autres avec grand respect jusqu’à leur offrir sa vie. C’est aussi savoir être tendre. Plus celui que l’on aime est pauvre, plus il faut lui donner de la tendresse. Enfin pour aimer il faut toujours penser nous et jamais eux : il faut savoir faire confiance et responsabiliser jusqu’au bout."

Par expérience, Pierre Ceyrac savait que le don aux autres nous permet de nous créer nous-mêmes et de connaître ainsi la joie véritable. Cet Amour de l’Autre, qui brûle en lui comme un buisson ardent, continua à rayonner dans les années 80 lors de l’arrivée massive de réfugiés cambodgiens à la frontière thaï. Sollicité pour prendre la direction d’une équipe de volontaires, le Père Ceyrac partagera la vie de milliers de personnes dans les camps de Thaïlande, du Cambodge pendant 13 ans.

Témoignages après son décès

Bien Chers tous, autres amis fidèles et proches du Père,
Comme Fr Henry J. vient de me l'annoncer il y a une heure à peine,“notre Père Pierre”, le Père Ceyrac, is no more...
Il serait parti tôt ce matin aux alentours de 5h00. J'ai eu cette chance inouïe avec Sophie, à qui je viens de l'annoncer,de passer sa dernière soirée avec lui, hier et de lui dire une dernière fois au revoir, une fois couché dans son lit.
Sophie et Vijay, le jeune homme de Tindivanam - qui prenaient soin de lui ces derniers mois et jours, l'avaient préparés
à son sommeil, avec toute cette tendresse et attention qui les caractérisent.
Il était jeune de visage, aux traits étonnamment détendus avec ses cheveux fraîchement coupés ;comme ce que j'imagine
être un Novice.
Sophie l'avait accompagné quelques heures avant par deux fois à la chapelle où il s'est avec nous recueilli et avait prié
- encore un dernier "Je vous salue Marie" que Sophie a entonné avec lui - avant qu'il "ordonne" à sa façon notre
retrait.
Son dernier repas fut détendu, appréciant une bonne boîte de rillettes d'oies apportée par Isabelle et Olivia la semaine
précédente.
Il a eu bon goût au propre et au figuré, jusqu'à son dernier repas !
Il a pu exprimer jusqu'au bout ce qu'il voulait ou non, et j'espère que nous avons pu le respecter au mieux. Il était bien.
Il était aussi très beau, serein comme je ne l'avais plus vu depuis longtemps. Les dernières visites de ses amis depuis
ce début d'année et surtout les soins si attentionnés et tendres de Sophie n'y sont pas étrangers. C'est ma conviction ;
Il n'y a que l'amour de nos proches qui nous fasse tenir si droit.
Qui nous fasse tenir, simplement. Il ne m'aurait pas démenti je pense.
Il était si bien qu'il envisageait de revenir à Paris.. "cela fait longtemps que je n'y suis pas allé, c'est une belle ville" , et lorsque
je lui ai dit qu'il y faisait 27° actuellement (contre 42 à Madras !), il a répondu "C'est bon ça, c'est doux". Il a souri
lorsque je lui ai dit qu'on pourrait partir ensemble le 20 juillet pour revenir fin août ; il n'a pas dit non !
Cet après midi, je lui disais que je lui souhaitais de partir dans son sommeil, tranquillement.
J'espère et crois intimement qu'il en fût ainsi.
Vous avez tous été récemment dans ses pensées et ses prières. C'est certain.
Affectueusement , et avec mes amitiés.
Jérôme DASSE-HARTAUT
Responsable des projets à Chennai (Madras)

 

 

 André Cardinal VINGT TROIS,Archevêque de Paris.


Je rends grâce au Seigneur pour la fécondité immense de la vie et du ministère de Pierre Ceyrac, en faveur
de tous ceux qu’il a pu aider par son action, et aussi pour tous ceux qui ont puisé dans son exemple des ressources
pour leur propre engagement. (...)

 


LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE


Mon Père,
J’apprends avec peine le décès du père Ceyrac survenu le 30 mai à Chennai,en Inde.
C’est une grande figure des missions françaises qui vient de nous quitter au terme d’une vie riche, exemplaire,
tout entière consacrée au don de soi. Des centaines de milliers de femmes, d’hommes, d’enfants, ont bénéficié en Inde mais aussi au Cambodge de son engagement sur le terrain. D’autres à travers le monde, innombrables, ont été inspirés par son
oeuvre et n’ont jamais cessé de lui rendre visite, jusqu’aux dernières heures de sa vie.
J’ai demandé à notre ambassadeur à New Delhi de transmettre, lors de ses obsèques, un message de respectet d’hommage, au nom de la France. Je tiens aussi, personnellement,à vous dire l’admiration que j’ai pour cet homme qui n’aura jamais
cessé, après avoir quitté sa Corrèze natale à l’âge de 22 ans, de traduire dans son action la devise indienne qu’il avait fait sienne “Tout ce qui n’est pas donné est perdu”.
Je vous remercie de bien vouloir transmettre à ses proches, de ma part, mes sincères condoléances et l’expresside ma profonde sympathie.
 Extrait du discours du Président Jacques CHIRAC.
Grand Prix de l'Académie Universelle des Cultures au Père Pierre Ceyrac.

 

Le Père Ceyrac est un homme que j'admire et que j'aime depuis très longtemps.
Notre temps est un temps où l'efficacité, l'argent, le rendement, la consommation occupent une place prépondérante,

c'est ainsi. Il est du devoir de votre Assemblée de présenter à nos contemporains d'autres visions, d'autres exemples, de leur rappeler d'autres valeurs, celles de l'altruisme et de la générosité.
Notre temps est marqué par l'inégalité croissante entre ceux qui ont tout et ceux qui n'ont rien. Il serait excessif de dire que la pauvreté s'étend avec la mondialisation. Ce n'est pas exact.
Mais il ne l'est pas de constater que les fruits de la mondialisation demeurent inégalement répandus et que la notion de solidarité internationale ne nous inspire plus ou pas assez.

Présenter au monde l'oeuvre et la vie du Père Ceyrac participe de cet effort nécessaire, auquel, on le voit bien, nos compatriotes aspirent.
Notre temps d'ouverture et de brassage des peuples et des idées est aussi un temps d'affrontement, de choc des cultures, certains replis identitaires. La montée, dans notre pays même, de mouvements racistes, xénophobes, antisémites témoigne que cette peste, et nous devons la combattre sans relâche, car elle renaît indéfiniment.

Elire le Père Ceyrac, c'est désigner un homme voué au dialogue des cultures, au service de l'humanité, à l'universel au sens le plus noble du terme. C'est montrer que l'idéal de fraternité des peuples et des hommes, par-delà les cultures, les religions, les nationalités, n'est pas un vain mot.
Père Ceyrac, votre action, engagée il y a plus de soixante ans, se poursuit.
Routes, puits, hôpitaux, orphelinats, fermes, centres de rééducation pour enfants malades, votre oeuvre est immense et ne cesse de grandir.
Père Ceyrac, vous êtes un homme qui vainc la misère. Un homme qui se bat chaque jour, de toute la force de sa foi et de son amour, contre les fatalités qui frappent et injurient la condition humaine.Vous êtes un homme qui permet l'avenir, conscient comme Camus que "si l'homme échoue à concilier la justice et la liberté, alors il échoue à tout".
 

 Le Roi-père Norodom
SIHANOUK du Cambodge et
son épouse & La Reine-Mère
Norodom Monineath
Sihanouk. (extrait).
Nous avons l’honneur de rendre un chaleureux, affectueux et reconnaissant hommage à la mémoire du Très Révérend Père Pierre Ceyrac qui a servi avec dévouement, dans la charité chrétienne, le Cambodge et son Petit Peuple dans les périodes les plus noire de son histoire récente. (...)

 

Ambassadeur de France en Inde.
Le message que je souhaite délivrer aujourd’hui, au nom de la République Française, n’est pas un message de tristesse. C’est un message de respect et d’espoir.
Respect pour cet homme qui depuis le départ de sa terre natale, la Corrèze, à l’âge de vingt-deux ans, jusqu’aux derniers instants de sa vie parmi nous, n’aura accompli qu’un seul geste unique et constant : donner.

Un geste qui, il aimait le rappeler, était le seul qui conférait un sens à son existence. Ce don qui était sa raison de vivre, des
centaines de milliers de femmes, d’hommes et d’enfants, en ont reçu les fruits, en Inde, mais aussi au Cambodge auquel il consacra dix années de sa vie.
Respect pour un homme modeste et discret qui démontrait chaque jour que sa religion était d’abord action, et qu’enseigner, c’est d’abord apprendre.
Il parlait le tamoul, il lisait le sanskrit, il ne voulait pas que l’Inde le comprenne, il voulait comprendre l’Inde. Il aimait ce pays intimement, comme sa propre terre.
Respect pour un homme qui, quelques heures avant de nous quitter, puisait encore dans l’essence même de sa foi, animé, malgré la faiblesse, par la même énergie et la lumière qui ne l’ont jamais quitté, pour confier avec une pointe de regret : « j’aurais aimé faire beaucoup plus ».
Espoir enfin pour que cet homme continue de nous inspirer, comme il l’a fait tout au long de sa vie, par delà les clivages religieux, ethniques, sociaux, qui sont d’abord ceux de l’ignorance et de l’orgueil. Ils sont abolis dans son oeuvre même.
Vous aimiez rappeler, Père Ceyrac, que tout ce qui n’est pas donné est perdu.

Votre oeuvre, vous qui avez tout donné, ne peut donc que vous survivre et continuer d’inspirer les générations à venir.
C’est aux valeurs que vous incarniez, à votre générosité, à votre immense bonté, que la France rend aujourd’hui hommage.
 

 

UN AMI JÉSUITE PIERRE CEYRAC ?
Dépeindre en quelques lignes la richesse de son humanité achevée peut se faire autour de quatre mots :
Pauvreté, Emerveillement,Service, Richesse.


PAUVRETÉ : Davantage de pauvreté poursuivie, non pas du tout par souci de perfection religieuse, mais par une passion de feu pour les pauvres, les plus pauvres…, dans l’approfondissement d’une quête toujours inassouvie qu’il fredonnait souvent :

« Je cherche le visage, le visage du Seigneur… ». Il en avait trouvé le chemin sur la plage de Madras : « Nous verrons Dieu dans le sourire des pauvres! »

Ainsi, à la fin des années 70, dans la sécheresse désolée du plateau du Ramnad, il disait à l’un de ses compagnons jésuites avec un regard pétillant, comme un enfant qui dévore de ses yeux pleins d’étoiles ses cadeaux de Noël au pied du sapin :

« Tu sais !...Le Père Général vient de m’accorder une année sabbatique.

–– Et où vas-tu aller ?

–– En Thaïlande, dans les camps de réfugiés du Cambodge ! Là je vais rencontrer des vrais pauvres, bien plus pauvres qu’ici.». Il y restera 12 ans.


EMERVEILLEMENT : Des personnes  rencontrées, il ne retient toujours que la « beauté », mot qu’il revêtait d’une musique si particulière quand il l’appliquait, par exemple, aux femmes indiennes en saris multicolores aussitôt après avoir parlé de leur
immense pauvreté.

La force du mal à laquelle il était si sensible, il ne voulait jamais la voir chez quelque personne que ce fût. Si quelqu’un voulait la dénoncer à l’oeuvre chez tel ou tel, il déviait immédiatement la conversation sur l’un ou l’autre trait admirable de l’accusé. Ainsi, passant un jour à l’émission “Radioscopie”, on lui demande : « Et votre frère François, Président du Patronat Français, vous devez avoir bien du mal à vous entendre avec lui !

–– Oh ! Vous savez…, d’abord c’est mon frère et je l’aime beaucoup. Et puis… avec ses qualités d’entrepreneur, en Inde à ma place, il aurait fait tellement mieux que moi ! ».


SERVICE : Jamais il n’a conçu son ordination sacerdotale comme autre chose qu’un service.

A Chantilly pour accompagner un triduum pascal, le samedi Saint, au petit déjeuner, au lendemain d’une causerie sur les camps de réfugiés, émouvante aux larmes comme nulle autre, une femme du monde vient s’asseoir à sa table et l’interroge:
  « Mais enfin, mon PERE, que faites-vous dans ces camps comme prêtre ?

- Mais,…rien, Madame. »… Un rien murmuré doucement, venant du fond des âges.


RICHESSE : Pierre n’a jamais été gêné par la richesse, heureux et détendu de pouvoir en bénéficier parfois.
Ne s’est-il pas régalé à Chennaï, sans l’ombre d’une mauvaise conscience, au soir précédant sa mort, de rillettes et d’un excellent camembert, dont il s’est même fait servir par deux fois ?
Il ne répugnait pas non plus à se laisser inviter avec délectation, dans l’air conditionné d’un palace, sans toutefois jamais le rechercher.

Il faut l’avoir vu repartir en Inde, à une époque où le transfert de devises y était quasiment impossible, les grandes poches de sa soutane blanche remplies jusqu’à ras bord de très grosses coupures : « Tu vois, tout ce qui n’est pas donné est perdu et donc, tout ce qui rentre au trot, il faut le dépenser au galop ! Tout cela va aller dans l’aménagement de la ferme ! ».
Rien d’étonnant dans ces photos de Pierre jeune, puis mûr, enfin plus âgé, auquel, dès qu’il entrait dans un slum, s’agrippaient des nuées d’enfants, tels un vol piaillant de colibris trouvant refuge dans un grand arbre.

N’était-il pas l’un des leurs, travaillé, mûri par les ans, prêt à entrer dans le Royaume ?
N’y a-t-il pas enfin trouvé le visage,… le visage du Seigneur ?

 Père Maurice JOYEUX s.j
Pierre est parti. Pierre nous est davantage proche tant le souffle de sa marche à la rencontre des Vivants et Amis désire habiter et animer nos coeurs et intelligences.
En actes plus qu'en paroles, son absence à laquelle ses nombreux re-départs nous ont accoutumés, nous appelle à vivre et vivre vraiment, à servir et servir vraiment, à nous risquer à donner.
Je sais ici que je parle aux amis de Pierre, à ses plus proches.

Alors, comment ne pas nous offrir, oui, nous offrir à la tâche, comment ne pas rompre le pain de nos biens comme de nos
corps pour continuer en marcheurs, en serviteurs de nos proches comme de nos lointains ?
« Faire davantage !, nous dit il, "devenez des servants émerveillés du vin capiteux qui manque en tant de lieux et de tables, de fêtes riches ou pauvres ».
N'acceptons pas l'ennui, les vieilles habitudes, les mines trop longuement défaites, les trop faciles « Impossible, vous n'y pensez pas !? »...
Croyons, amis ! ... toujours davantage associés en amis blessés de toutes les frontières, nos frontières !

 

 Franz-Olivier GIESBERG,
directeur du journal Le Point.
J’ai bien connu le père Ceyrac. Une belle personne, un grand homme, un charisme incroyable et en même temps une modestie inouïe.

Chétif et rayonnant, il donnait aussi le sentiment d’une immense fragilité et d’une force hors du commun. Ce qui était le plus
frappant, dans nos conversations, c’est qu’il ne parlait jamais de lui : ce sujet ne l’intéressait pas et quand on l’interrogeait
à son propos, il bottait en touche avec un petit sourire. Il avait renoncé à tout, à son ego et aux biens terrestres, pour ne s’intéresser qu’à Dieu et aux autres, aux humiliés et offensés de Madras, dans son Inde d’adoption. A mes yeux, il correspondait parfaitement à la définition du Saint.

 

Autres témoignages d’amis :

Comme tous ceux qui l’ont rencontré, je peux affirmer – et cela depuis longtemps – que je n’ai jamais vu un homme aussi extraordinaire et bouleversant.
Sa seule présence atteignait les plus profondes fibres de l’âme. Je rends grâce pour les occasions qui m’ont été données de l’écouter ou d’échanger quelques propos avec lui.
 
Avoir rencontré le Père Ceyrac a changé ma vie, lui a donné une nouvelle direction. Je peux vous dire que l’amour qu’il donnait à son prochain était une leçon de vie : la manière qu’il avait de regarder les autres, sans être lui-même au meilleur de sa forme, la force de ses prières, la simplicité des mots qu’il employait pour exprimer l’essentiel ne peuvent nous laisser indifférents. Il s’est battu pour les plus pauvres, il a tenu la main des plus petits et a tenté de les faire grandir en les aimant de tout son coeur.
Je crois qu’après avoir connu le Père Ceyrac on ne peut pas continuer à vivre comme avant.


 « J’ai appris récemment le décès du Père Ceyrac, un grand homme que j’ai pu rencontrer lors d’un “stage extraordinaire”,
alors en formation pour devenir Professeur des écoles.
J’ai été affecté d’apprendre cette nouvelle et j’ai partagé ce moment avec mes élèves. Ils ont alors proposé de lui faire “un dessin d’Au Revoir” (et non d'adieu…), que je vous adresse. »
 
La première (et unique) fois où j’ai vu le Père Ceyrac était à la télévision. Il était venu parler de son livre “Tout ce qui n’est pas donné est perdu”.
Déjà, le titre m’avait interloquée… et la voix, le ton doux, calme, les propos d’une vérité si évidente qu’on l’avait oubliée !...

La simplicité en même temps que l’éloquence m’ont à ce point marquée que je m’en souviens encore de nombreuses années plus tard. Ma réaction avait été immédiate je lui ai écrit une longue lettre, accompagnée d’un chèque pour aider ses amis indiens.
 
« Tout ce qu’il nous a donné ne vivra que si nous savons à notre tour le transmettre. Pas seulement les camps de réfugiés, le monde entier a besoin aujourd’hui plus que jamais, de ces missiles qu’on qualifie d’incontrôlables, parce qu’ils sont guidés par
l’amour.
Nos blessures – c’est lui qui nous appelait aussi les « blessés de la frontière » – sont peut-être là pour nous empêcher d’oublier et d’y faillir. »